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Créer une entreprise en Italie

Quel statut choisir, ce que coûte vraiment une immatriculation, et pourquoi le regime forfettario change tout pour un indépendant français.

Créer une entreprise en Italie n'a rien d'un parcours du combattant pour un Français : la libre circulation vous dispense d'autorisation, et l'ouverture d'une activité indépendante se règle souvent en quelques jours. La vraie difficulté est ailleurs, dans le choix du statut et du régime fiscal, parce qu'un mauvais arbitrage de départ se paie ensuite chaque année. Voici les formes existantes, leur coût réel et l'ordre dans lequel enchaîner les démarches.

En bref

  1. Obtenir son codice fiscale, préalable à absolument tout.
  2. Choisir sa forme : ditta individuale ou libero professionista pour exercer seul, SRL ou SRLS pour une société à responsabilité limitée.
  3. Ouvrir la partita IVA auprès de l'Agenzia delle Entrate, gratuitement.
  4. S'immatriculer au registre des entreprises et s'affilier à la bonne caisse de retraite, puis trancher le régime fiscal, forfettario ou ordinaire.

Les formes juridiques : ditta individuale ou SRL

Quatre statuts couvrent la quasi-totalité des créations par des étrangers. Deux vous font exercer en votre nom propre, avec une responsabilité illimitée sur votre patrimoine, et deux créent une personne morale distincte qui absorbe le risque. Ce qui tranche vraiment, c'est le montant que votre activité engage et la présence ou non d'associés. Vient ensuite une question de trésorerie : pouvez-vous absorber des frais fixes dès la première année ? Cliquez sur chaque forme pour comparer.

Le point d'entrée du travailleur indépendant qui vend des biens ou un service artisanal.

Capital
Aucun capital minimum
Responsabilité
Illimitée : votre patrimoine personnel répond des dettes de l'activité
Création
Déclaration unique ComUnica à la chambre de commerce, activité lancée en quelques jours
Coût de départ
Quelques centaines d'euros la première année, droit annuel de chambre de commerce compris
Fiscalité
Regime forfettario possible sous 85 000 € de recettes, sinon barème IRPEF
Pour qui
Artisan, commerçant, prestataire seul, activité qui démarre petit

Le piège : Inscription obligatoire à la gestion INPS artisans ou commerçants, avec des cotisations forfaitaires dues même sans chiffre d'affaires.

En pratique, la règle est simple. Tant que vous facturez un service sans stock, sans salarié et sans engagement financier lourd, la ditta individuale ou le statut de libero professionista suffisent, et ce sont eux qui ouvrent le régime fiscal le plus favorable. Dès que vous investissez, signez des contrats à enjeu ou vous associez, la protection patrimoniale de la SRL justifie ses frais de constitution. Le passage de l'un à l'autre reste possible plus tard, mais il coûte un apport d'entreprise devant notaire.

Ce que devient votre statut d'auto-entrepreneur français

La micro-entreprise française n'a pas de jumeau italien, et c'est la source de confusion la plus fréquente. Ce que les Français appellent le statut d'auto-entrepreneur correspond en réalité à la rencontre de deux choses distinctes : une forme juridique, la ditta individuale ou l'activité libérale, et un régime fiscal, le regime forfettario, qui se demande séparément. Vous choisissez donc les deux, l'un après l'autre.

Deuxième différence, plus rude : votre micro-entreprise française ne se transfère pas. Il faut la radier en France et ouvrir une activité italienne, en réglant au passage la question de la résidence fiscale. Troisième différence, décisive pour le budget : les cotisations italiennes n'ont rien d'un pourcentage proportionnel indolore. Un artisan ou un commerçant doit des cotisations minimales fixes, dues même quand le chiffre d'affaires est nul, là où un micro-entrepreneur français sans recettes ne paie rien.

La partita IVA, le numéro qui déclenche tout

La partita IVA est le numéro de TVA italien, onze chiffres, attribué par l'Agenzia delle Entrate. Elle identifie l'activité comme le codice fiscale identifie la personne, et elle est obligatoire dès que vous exercez de façon habituelle, même à temps partiel et même sans atteindre de seuil. L'Italie ne connaît pas de franchise d'activité occasionnelle comparable à ce qui existe ailleurs : quelques factures régulières suffisent à rendre l'ouverture obligatoire.

Bonne nouvelle, la démarche est gratuite et souvent traitée dans la journée. Le formulaire dépend de votre situation : AA9/12 pour une personne physique, AA7/10 pour une société. Il se dépose en ligne, au guichet d'un bureau de l'Agenzia delle Entrate, ou par un intermédiaire habilité, votre commercialista dans la plupart des cas.

Le code ATECO, la décision la plus sous-estimée

En ouvrant la partita IVA, vous déclarez un code ATECO, l'équivalent du code APE. Beaucoup le traitent comme une formalité administrative. C'est une erreur, parce que ce code commande à la fois le coefficient de rentabilité qui servira à calculer votre impôt au forfettario, la caisse de retraite dont vous relèverez, et les éventuelles autorisations exigées pour exercer. La nomenclature a d'ailleurs été refondue en 2025, ce qui rend caduques bon nombre de listes de codes encore en circulation sur le web.

Un exemple rend l'enjeu concret. Deux indépendants encaissent 50 000 €. Le premier est classé en activité professionnelle, avec un coefficient de 78 %, et sera imposé sur 39 000 €. Le second relève du commerce de détail, coefficient 40 %, et sera imposé sur 20 000 €. Même chiffre d'affaires, base imposable presque du simple au double. Vous pouvez déclarer plusieurs codes, mais c'est le code principal qui gouverne le calcul.

Les démarches d'immatriculation, étape par étape

  1. Le codice fiscale

    C'est la clé de tout le reste : sans lui, ni partita IVA, ni compte bancaire, ni bail. Il est gratuit et s'obtient au consulat italien depuis la France.

  2. Le choix de la forme et du code ATECO

    Forme juridique et code d'activité se décident ensemble, parce que le code ATECO commande le coefficient de rentabilité au forfettario et la caisse de retraite dont vous relèverez.

  3. L'ouverture de la partita IVA

    Déclaration de début d'activité auprès de l'Agenzia delle Entrate. Gratuite, souvent traitée dans la journée, elle vous attribue le numéro à onze chiffres qui figurera sur chaque facture.

  4. L'inscription au Registro Imprese et à l'INPS

    Passage obligé pour les commerçants, artisans et sociétés, via la déclaration unique ComUnica déposée à la chambre de commerce. Les professions libérales en sont dispensées mais doivent s'affilier à leur régime de retraite.

Pour une ditta individuale, ces étapes se regroupent dans une déclaration unique appelée ComUnica, transmise par voie électronique à la chambre de commerce, qui répercute elle-même l'information à l'Agenzia delle Entrate, à l'INPS et à l'INAIL. Certaines activités réglementées, restauration, commerce alimentaire ou hébergement notamment, ajoutent une SCIA, la déclaration de début d'activité déposée au guichet unique de votre commune. Le codice fiscale, lui, se prépare en amont : la marche à suivre depuis la France figure dans notre guide pour obtenir son codice fiscale.

Artisan du cuir dans son atelier, activité type exercée en ditta individuale en Italie

Côté budget, voici les ordres de grandeur les plus souvent constatés. Ces montants varient d'une chambre de commerce à l'autre et selon le notaire retenu, ils servent à cadrer une enveloppe, pas à établir un devis.

PosteLibéralDitta individualeSRL
Partita IVAGratuiteGratuiteGratuite
NotaireSans objetSans objet1 500 à 2 500 €
Registro Imprese et droitsNon concernéEnviron 100 à 200 €Environ 500 €
Droit annuel de chambre de commerceNon concernéEnviron 50 à 90 €Environ 120 à 200 €
Cotisations retraite minimalesProportionnellesForfait annuel dûSelon le rôle des associés
Commercialista, par an600 à 1 200 €800 à 1 500 €2 000 € et plus

Le cas de la SRL : notaire et capital

Créer une société impose de passer devant notaire, qui rédige et authentifie l'acte constitutif avant de le déposer au registre des entreprises. C'est ce qui explique l'écart de coût et de délai avec une activité individuelle. Le capital minimum est de 10 000 € pour une SRL classique, dont un quart au moins doit être versé à la constitution, la totalité si vous êtes associé unique. La loi autorise un capital inférieur, jusqu'à 1 € symbolique, mais la société doit alors mettre un cinquième de son bénéfice annuel en réserve légale jusqu'à atteindre le seuil.

La SRLS répond au même besoin en supprimant les honoraires du notaire et les droits d'enregistrement, à une condition : accepter des statuts types fixés par le ministère, qu'aucune clause ne peut modifier. C'est une économie réelle au démarrage et une contrainte réelle ensuite, dès que la répartition des pouvoirs ou les règles de cession de parts demandent du sur-mesure.

Fiscalité et regime forfettario

L'imposition dépend d'abord de ce que vous avez créé. Une activité individuelle est imposée entre les mains de la personne, à l'IRPEF, l'impôt sur le revenu progressif italien, sauf option pour le forfettario. Une société est imposée séparément, à l'IRES au taux de 24 %, à quoi s'ajoute l'IRAP régionale, autour de 3,9 % selon les régions. Les dividendes distribués aux associés supportent ensuite leur propre prélèvement.

Le regime forfettario en détail

C'est le vrai argument fiscal italien pour un indépendant, et il est nettement plus généreux que ce que propose la France à un profil équivalent. Le régime est ouvert tant que vos recettes annuelles restent sous 85 000 €. L'impôt est un prélèvement unique, une imposta sostitutiva, qui remplace l'IRPEF et ses additions locales. Son taux est de 15 %, ramené à 5 % pendant cinq ans pour une activité réellement nouvelle, c'est-à-dire non exercée sous une autre forme dans les trois années précédentes.

Attention, ce taux ne s'applique pas au chiffre d'affaires. On lui applique d'abord un coefficient de rentabilité fixé par votre code ATECO, censé représenter forfaitairement votre marge, et l'impôt porte sur le résultat. Les principaux coefficients :

Type d'activitéCoefficientBase imposable sur 40 000 €
Professions libérales et services intellectuels78 %31 200 €
Construction et bâtiment86 %34 400 €
Autres activités de services67 %26 800 €
Intermédiaires du commerce62 %24 800 €
Commerce et restauration40 %16 000 €

Les contreparties sont réelles. Vous ne déduisez aucune charge réelle, ce qui pénalise les activités à frais élevés. Vous ne facturez pas de TVA et ne la récupérez pas. Le régime se ferme aussi à qui a perçu plus de 35 000 € de salaires l'année précédente, et à qui facture majoritairement son ancien employeur. Franchir 100 000 € de recettes en cours d'année vous en fait sortir immédiatement, sans attendre l'exercice suivant.

Les cotisations INPS, le poste que tout le monde oublie

L'impôt allégé masque souvent la vraie dépense. Un artisan ou commerçant relève d'une gestion INPS dédiée qui réclame des cotisations fixes minimales, de l'ordre de 4 000 à 4 500 € par an, dues même sans chiffre d'affaires, puis un pourcentage au-delà d'un certain revenu. Une réduction est prévue au forfettario, et un allègement supplémentaire existe pour les nouvelles inscriptions.

Un professionnel libéral sans ordre professionnel relève de la gestione separata, dont le taux tourne autour de 26 % du revenu, sans minimum forfaitaire : rien à payer quand rien n'est encaissé. Un professionnel inscrit à un ordre cotise à la caisse de sa profession, avec ses propres barèmes. Cet écart de traitement pèse généralement plus lourd dans un arbitrage de statut que le taux d'impôt lui-même.

Un dernier point mérite d'être vérifié avant de trancher : si vous transférez votre résidence fiscale en Italie, le régime des impatriés peut exonérer une large part de vos revenus professionnels pendant plusieurs années, y compris pour une activité indépendante. Il ne se cumule pas avec le forfettario, et l'arbitrage entre les deux se fait au cas par cas. Le panorama complet des impôts italiens est détaillé dans notre guide de la fiscalité en Italie.

Se faire accompagner : le commercialista

Le commercialista occupe en Italie une place sans équivalent exact en France. Il ne tient pas seulement vos comptes : il choisit votre code ATECO, dépose vos formulaires, calcule vos acomptes et vous représente devant l'administration fiscale. Les indépendants italiens en ont tous un, y compris les plus petits, et ce n'est pas une habitude culturelle. Le calendrier déclaratif et le système d'acomptes rendent l'autogestion risquée pour qui découvre le pays.

Avant de signer, posez deux questions. Le cabinet traite-t-il déjà des clients résidents étrangers, ce qui suppose de savoir lire une convention fiscale ? Ses honoraires sont-ils forfaitaires et annoncés à l'avance, facturation électronique et déclaration annuelle comprises ? Un bon commercialista saura de toute façon arbitrer entre forfettario et régime des impatriés, le calcul le plus rentable dépendant de votre situation exacte. Les chambres de commerce franco-italiennes et les réseaux d'expatriés fournissent les premières adresses, et un premier rendez-vous est presque toujours gratuit.

À retenir. Les montants et les taux cités ici donnent des ordres de grandeur, à jour des règles générales, mais la fiscalité italienne se révise chaque année par la loi de finances et plusieurs paramètres dépendent de votre région et de votre code d'activité. Faites valider votre montage par un commercialista avant d'ouvrir quoi que ce soit, particulièrement si vous conservez des revenus en France.

Si votre projet italien n'est pas encore arrêté, deux lectures aident à le cadrer : notre guide pour travailler en Italie situe les secteurs porteurs et le fonctionnement du marché, et le salaire moyen en Italie donne le point de comparaison utile pour fixer vos tarifs face à la concurrence locale.

Questions fréquentes sur la création d'entreprise en Italie

Comment créer une entreprise en Italie ?

Le parcours tient en quatre temps. Vous obtenez d'abord un codice fiscale, sans lequel aucune démarche n'aboutit. Vous choisissez ensuite la forme : ditta individuale ou statut de libero professionista pour exercer seul, SRL ou SRLS pour créer une société à responsabilité limitée. Vous ouvrez la partita IVA auprès de l'Agenzia delle Entrate en déclarant votre code d'activité ATECO. Vous vous inscrivez enfin au registre des entreprises et à la caisse de retraite qui correspond à votre activité. Compter quelques jours pour une activité individuelle, deux à quatre semaines pour une société, l'acte notarié conditionnant le calendrier.

Qu'est-ce que le regime forfettario ?

C'est le régime fiscal simplifié des petites activités, l'équivalent italien le plus proche de la micro-entreprise française. Il s'adresse aux indépendants dont les recettes ne dépassent pas 85 000 € par an. L'impôt est un prélèvement unique de 15 %, ramené à 5 % pendant les cinq premières années pour une activité réellement nouvelle. Il ne s'applique pas au chiffre d'affaires brut mais à une base calculée en lui appliquant un coefficient de rentabilité propre à votre code ATECO. En contrepartie, aucune charge réelle n'est déductible et vous ne facturez pas de TVA.

Combien coûte la création d'une entreprise en Italie ?

Tout dépend de la forme. Une activité libérale ne coûte rien à ouvrir : la partita IVA est gratuite et il n'y a pas d'inscription au registre des entreprises. Une ditta individuale reste sous quelques centaines d'euros la première année, droits de chambre de commerce et frais de dépôt compris. Une société bascule dans un autre ordre de grandeur, autour de deux à trois mille euros pour une SRL, parce que l'acte constitutif passe obligatoirement devant notaire. La SRLS est la voie d'économie : ses statuts types dispensent des honoraires du notaire. À cela s'ajoutent, pour tous, les honoraires annuels du comptable.

Peut-on créer son entreprise italienne depuis la France ?

En partie seulement. Un Français est citoyen européen, donc libre de s'établir en Italie sans autorisation préalable, et les premières pièces se préparent à distance : le codice fiscale s'obtient auprès du consulat italien, et une procuration permet à un commercialista italien de déposer les formulaires pour vous. La création reste toutefois adossée à un ancrage réel sur place, entre siège de l'activité, compte bancaire et résidence fiscale. Piloter une activité italienne en restant résident fiscal français vous expose à voir les deux administrations réclamer la même imposition.

Comment éviter la double imposition entre la France et l'Italie ?

Une convention fiscale lie les deux pays depuis 1989 et attribue le droit d'imposer selon la nature du revenu. Les bénéfices d'une activité indépendante sont en principe imposés là où se trouve l'installation fixe qui les produit. Le point qui règle presque tout est la résidence fiscale : elle bascule en Italie si vous y êtes inscrit à l'anagrafe, ou si vous y avez votre domicile ou votre résidence habituelle plus de la moitié de l'année. Signalez votre départ à l'administration française et faites valider votre situation par un professionnel avant la première déclaration, c'est là que les erreurs coûtent cher.

Faut-il un comptable pour ouvrir une partita IVA ?

Rien ne l'impose pour une activité individuelle, mais presque personne ne s'en passe. Le commercialista choisit votre code ATECO, teste votre éligibilité au regime forfettario, calcule vos acomptes et vous inscrit à la bonne caisse de retraite. Ses honoraires vont d'environ 600 à 1 200 € par an pour un indépendant au forfettario, davantage dès qu'une société impose une comptabilité complète. Pour une SRL, la question ne se pose pas : les obligations comptables et déclaratives ne se tiennent pas seul.

Sommaire

Transférer son activité en Italie ouvre parfois droit à un abattement massif sur l'impôt des nouveaux arrivants. Ça se demande dès la première déclaration.

Voir le régime des impatriés →